Récit d’une traversée (2/2)

17 mars 2014

Je vis dans une bulle
Au milieu d’une ville
Parfois mon coeur est gris
Et derrière la fenêtre
Je sens tomber l’ennui
Sur les visages blêmes
Et sous les pas pesants
Que traînent les passants
Alors du fond de moi
Se lève un vent du large
Aussi fort que l’orage
Aussi doux qu’un amour
Et l’océan m’appelle
D’une voix de velours
Et dessine en mon corps
Le mouvant
Le mouvant de la vague

Ces paroles de Je voudrais voir la Mer résonnent dans ma tête depuis mon retour à Montréal. Je suis effectivement de retour parmi les visages blêmes et ce qui me frappe le plus, c’est la rupture du lien avec la nature. Ils sont terminés les mouvements du bateau, le sifflement du vent à mes oreilles et les cliquetis des mollusques sur la coque.  Je suis vraiment heureux de retrouver ma petite famille, mais je ressens quand même un vide après avoir vécu ma plus belle aventure solitaire.

Il faut dire que cela a été quand même assez intense. À mon arrivée à Fort Lauderdale, j’ai eu 36 heures pour provisionner et préparer le bateau avant de repartir. J’avais suffisamment de temps, mais je ne comptais pas perdre une demi-journée à cause que le détaillant Beneteau ne m’a pas remis un anémomètre compatible pour mon bateau. C’était une pièce que je considérais importante pour me permettre de mettre le bateau sur le pilote automatique réglé au vent apparent. Quand j’ai largué les amarres, mes amis à la marina me demandaient de reconsidérer mon départ vu mon état. Mais j’avais une fenêtre météo quasi parfaite et je savais que le bonheur d’être au large compenserait largement pour la fatigue accumulée.

Mon voyage a duré 18 jours et j’ai été en déplacement 40% du temps. (168h) La plupart du temps, je voyageais de nuit pour me permettre d’apprécier les escales et/ou arriver de jour dans des nouveaux endroits. Neuf nuits (50%) ont ainsi été consacrées à la navigation sous les étoiles. J’avais estimé un voyage de 750 miles nautiques, mais finalement j’ai parcouru 1054 miles (1951km). Une partie de la différence s’explique par un grand détour vers Bimini car j’avais le goût de faire une surprise à des amis. Je n’étais pas certain s’ils y seraient encore, mais j’ai quand même voulu prendre la chance.

Au retour à la marina, j’avais seulement 48 heures pour nettoyer le bateau et astiquer les pièces métalliques pour éviter la corrosion. En effet, la combinaison du sel et du soleil entraîne de la rouille même sur les métaux comme le stainless. Je n’ai donc pas trop chômé depuis que les amarres ont liés le bateau au quai!

Ce matin, j’ai mis la touche finale à un vidéo que j’ai préparé tout un long du voyage. Je voulais que Maël et Sounda puissent m’accompagner au fil des jours, mais je crois que vous allez apprécier tout autant que eux le visionnement.

Voici également la suite et la fin de mon journal de bord:

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Acklins

vxlvJSelon tous les guide nautiques, c’est le royaume des conches. Les pêches en prélèvent plusieurs millions par an sur cette île. Nous sommes parti à l’exploration de cette île qui est tout simplement époustouflante de l’espace. Comme il n’y a pas beaucoup d’eau, j’ai accroché le pied du moteur dans les roches lors d’un manque de prudence. Heureusement, il n’y a pas eu de casse, mais j’étais drôlement plus prudent après! Si jamais un jour vous passez par là, je vous recommande fortement la plage de Jamaica Cay. C’est l’une des plus belles plages que j’ai vu…

Sur le chemin du retour, nous avons eu un merveilleux cadeau: un groupe de dauphins s’amusait et nous avons pu s’en approcher en dinghy. J’en ai profité pour sauter à l’eau et prendre quelques séquences parmi eux. Ensuite, je suis monté dans le mat pour réparer le lazy jack qui avait été endommagé la veille.

 

Ragged Island

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Les Ragged Islands, c’est les Bahamas d’il y a 50 ans. Avec une population permanente de seulement 56 habitants, il y a beaucoup moins de pêche qu’ailleurs. Ainsi, la vie marine a plus de chance de survivre. Les îles sont magnifiques et certainement aussi belles que les Exumas. Dans l’eau, il y a beaucoup moins d’algues sur les coraux, donc les habitats sont plus beaux et plus variés. Les habitants sont vraiment généreux et sympathiques. Le plus surprenant, c’est de constater qu’ils se sont mobilisés pour construire une structure sur l’île voisine de la leur pour que les voyageurs de passage aient un endroit pour s’installer et prendre un verre. (A voir dans le vidéo).

Ici, on en profite pour se connecter à Internet. Ca fait une semaine que je n’ai pas eu de connexion et je sais que c’est la dernière fois avant la Floride. Il faut donc régler le plus de chose pendant qu’on est ici. J’essaie égalent de réparer la génératrice, mais il semble qu’une pale de l’impeller s’est décrochée et qu’elle bloque le circuit de refroidissement du moteur. J’ai tellement de problème avec la génératrice que je vais modifier complètement le circuit de refroidissement pour l’an prochain.

Cay Sal Bank

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Je m’attendais à être seul dans cet endroit isolé et loin de toute destination importante. Quel ne fut pas ma surprise lorsqu’un bateau plein de pêcheurs a mouillé l’ancre près de mon bateau et ils se sont mis à travailler toute la nuit. Les pêcheurs de Nassau ratissent tous les coins de leur pays pour passer l’aspirateur et nettoyer tous les fonds marins dans le but de faire quelques dollars avec la vie qui s’y trouve. Je croyais qu’ici, je serais suffisamment loin de tout pour trouver des zones qui ne seraient pas exploités, mais ce n’était pas le cas. En fait, j’ai l’impression que c’est plus intéressant du côté des Ragged Islands. J’ai quand même pu échanger 4 Coronas contre 2 langouste. Mais les pêcheurs m’ont mis en garde: il y a énormément de requins-tigres qui viennent à Cay Sal pour avoir leurs petits, alors ça peut être assez dangereux pour des pataugeurs comme moi…

 

Bimini

Bimini_island

À Bimini, je renoue avec la civilisation. La petite ville est désertée par les navigateurs, mais il y a quand même des restaurants, des boutiques et Internet. Je retrouve assez facilement Lilly Rose, le voilier de nos amis et ils m’invitent pour dîner avec eux. Nous allons finir la journée sur une plage où on peut caresser les raies sauvages…

 

 

 

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